Arthur Rimbaud, L’homme aux semelles devant…

Où ?  Place Père-Teilhard-de-Chardin – 4e arrondissement

Cette sculpture  (qui est une commande de la ville) à la mémoire de Rimbaud a été réalisée par le sculpteur Jean-Robert Ipoustéguy (1920-2006).

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Pourquoi ce drôle de titre « L’homme aux semelles devant » ?

A  première vue, rien de bien emballant… Jean-Robert Ipoustéguy a détourné l’image poétique de Paul Verlaine pour qui Rimbaud était « L’homme aux semelles de vent » et en a fait « L’homme aux semelles devant ». C’est le point de départ de sa réalisation : on voit donc le buste de Rimbaud précédé de ses jambes et de ses chaussures…

En l’observant plus attentivement et en se demandant ce qui avait bien pu passer par la tête du sculpteur, l’oeuvre peut paraître sous un jour plus intéressant :

  • Les jambes, les chaussures sont des éléments qui évoquent la marche, le voyage. Le besoin de se déplacer et l’obsession de ne pas pouvoir se déplacer comptent, d’après moi, parmi les principales composantes de la personnalité de Rimbaud sa vie durant et jusque dans ses derniers moments difficiles à Marseille.
  • Le buste de Rimbaud est couché horizontalement, désinvolte, comme en lévitation au-dessus du monde, dandy indifférent à ce que sa main est en train de faire : elle tient la voyelle A et semble déjà avoir semé d’autres lettres de-ci de-là… Allusions probables à ses poèmes « Voyelles » et « Mauvais sang » (« Je n’aurai jamais ma main. ») phrase dont l’idée est reprise dans un passage de sa fameuse lettre dite « du voyant » dans laquelle il dit « assister à l’éclosion de sa pensée ».
  • L’ensemble buste-jambes se trouve au-dessus d’une masse ondulée pouvant évoquer un voile, une coque de bateau (voire la nef du blason de la ville), des flots… une évocation du bateau-poète qui se laisse emporter par les flots dans le « Bateau ivre » ?

Bref, cette sculpture donne l’occasion de penser à Rimbaud et tout ce qui peut donner envie de plonger dans sa poésie ou sa vie est bon à prendre !

Au passage un petit lien vers une interview qu’avait donnée Philippe Sollers sur le thème « Rimbaud, une expérience de liberté supérieure » : http://www.philippesollers.net/arthurrimbaud.html

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Arthur Rimbaud, un Vilain Bonhomme à Parmerde, le Diable au milieu des docteurs…

Où ? Rue Férou – 6ème arrondissement

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Histoire 

A l’invite de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud arrive en 1871 à Parmerde (mot bizarre inventé par Rimbaud et voulant dire Paris bien sûr).

Il a dix-sept ans et a sur lui un long poème : « le Bateau ivre ».

Arthur Rimbaud semble l’avoir écrit pour cette occasion, en vue de le dire devant les amis de Verlaine, un groupe d’artistes dénommé « Les Vilains Bonshommes » qui se réunissait régulièrement dans différents lieux de la capitale.

Objectif pour Rimbaud : frapper fort, impressionner, provoquer, dérégler la poésie. Rappelons qu’il n’est absolument pas connu et qu’il a dix-sept ans… mais ça on l’a déjà dit.

C’est dans un café, aujourd’hui disparu (et désormais maroquinerie) donnant sur la place Saint-Sulpice dans laquelle débouche la rue Férou, que Arthur Rimbaud déclama pour la première fois  son « Bateau ivre », le 30 septembre 1871.

Les Vilains Bonshommes qui virent et entendirent ce très jeune homme furent fascinés par son regard bleu et son allure gauche, par son intelligence fulgurante et sa « liberté libre ».

Certains des poètes présents y virent avec malice rejouer une scène de la Bible  « Jésus parmi les docteurs » (voir évangile de Luc), scène dans laquelle le Temple de Jérusalem et la religion auraient été la Poésie, où eux-mêmes auraient figuré les docteurs (ceux qui sont censés détenir le savoir) et où Rimbaud aurait incarné Jésus .

Mais le discours de Rimbaud n’était pas vraiment celui de Jésus, il était radical et cynique… D’autres poètes virent donc en lui plutôt le Diable que le Christ !

Il  n’en fallut pas plus à Léon Valade, lui aussi présent ce 30 septembre, pour faire un trait d’esprit qui résume bien ce que représentait Rimbaud à cette période : ‘Le Diable au milieu des docteurs ».

Ce poème est donc fondamental dans l’existence du poète et c’est pourquoi il a été choisi pour figurer sur le mur.

Le Bateau ivre, poème désormais « pétroglyphe »

Projet : Cette magnifique idée de reproduire sur 300 mètres carrés de mur une poésie de Rimbaud a abouti grâce à la ténacité de Mme Hetty Leijdekkers et M. Ben Walenkamp de la fondation Tegen-Beeld de la ville de Leyde au Pays-Bas. (9 ans de pourparlers pour convaincre la mairie de Paris).

L’artiste calligraphe : Jan Willem Bruins

Date de l’inauguration : 14 juin 2012

Notes : Le choix de la rue semble ne pas être dû totalement au hasard. Voir sur place le petit encadré explicatif.

Sur la seconde photo, le lampadaire masquant certaines lettres, celles-ci ont été rajoutées avec photoshop.

Si la devise de la ville de Paris est « Fluctuat nec mergitur » (« il est battu par les flots mais ne sombre pas » ou « il flotte mais jamais ne coule »), le bateau-poète qui est emporté au fil des quatrains finira, lui, par renoncer à son voyage et en quelque sorte par sombrer…

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