Les Frigos de Paris : fluctuat ET mergitur

Où ? 19, rue des Frigos – 13ème arrondissement

Situés non loin des quais de Seine au niveau du Pont de Tolbiac, les Frigos sont à l’origine des entrepôts frigorifiques destinés à accueillir les denrées périssables acheminées par train. Après le transfert des Halles de Paris à Rungis l’activité frigorifique cesse. Le site est désormais un lieu de création artistique.

Ce site datant de l’après première guerre mondiale étonne dans ce quartier moderne au milieu des immeubles de verre.

Vue depuis la rue des Frigos

Vue du mur depuis la rue de Tolbiac

Les artistes aujourd’hui :

Les anciennes chambres frigorifiques sont investies par les ateliers d’artistes actifs dans différents domaines comme on peut le voir sur cette liste :

Les portes ouvertes :

Elles ont lieu sur un week-end, une fois par an au printemps.

Cette année (2018), elles ont eu lieu les 26 et 27 mai.

>> Voir site Les Frigos.

Un site et des artistes menacés :

Pour plus d’information rendez-vous sur le site de l’association « les Frigos APLD91 » :

>> Voir le site

Curiosité historique et artistique :

Actuellement lorsqu’on rentre par l’entrée principale des Frigos, on peut voir au rez-de-chaussée une impressionnante locomotive à vapeur française modèle TY2. Cette mise en scène de l’artiste Jean-Michel Frouin évoquerait l’oppression et la déportation nazie.

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Tombe de La Goulue, Reine du Cancan

Où ? Cimetière Montmartre – 18ème arrondissement

PRÉSENTATION

La Goulue (1866-1929), de son vrai nom Louise Weber, repose dans ce cimetière parisien situé non loin du célèbre cabaret Moulin-Rouge où elle dansait.

Elle fut d’abord inhumée à Pantin.

Dans les années 1885, La Goulue incarne avec force l’esprit parisien et le French Cancan.

Son nom est tellement étroitement lié à l’histoire festive de Paris et de Montmartre qu’il paraissait surprenant qu’elle ne soit pas enterrée dans le quartier où elle connut la célébrité.

Une exhumation, voulue par un de ses descendants, a donc été autorisée en 1992 pour la transférer dans le cimetière Montmartre.

La dernière demeure de La Goulue, toujours fleurie

A notre connaissance, pas de demande pour qu’elle entre au Panthéon…

L’HISTOIRE DE LA GOULUE EN TRÈS BREF

Les débuts

Grâce aux danseuses et chorégraphes Céleste Mogador et Grille d’égoût (surnom de Mlle Beuze ?), elle commence à se produire au Moulin de la Galette et à l’Elysée-Montmartre et fréquentera également l’Alcazar.

Elle fait du cancan, des quadrilles, des danses avec grand écart ses spécialités.

En parallèle, elle sera modèle pour des peintres (le premier étant Pierre-Auguste Renoir) et posera aussi pour des photographes.

Elle entre au Moulin-Rouge dès sa création en 1889.

L’envol

A l’époque, le style déluré de cette danseuse demi-mondaine choque, son énergie et sa souplesse attirent !

Le Tout-Paris se presse au Moulin-Rouge pour voir l’artiste qui contribue à la célébrité du lieu.

Lors des spectacles, elle fait tourner ses froufrous, lève haut la jambe, fait s’envoler les chapeaux des messieurs de la haute, leur parle irrespectueusement et boit dans leur verre ! Ce qui lui vaut le surnom imagé de « Vide-Bouteille ».

Et comme elle se met à faire de même avec leurs assiettes et qu’un de ses premiers mentors s’appelait Gaston Goulu Chilapane, on la surnomme « La Goulue ».

En fait, il nous semble que ce surnom collait assez bien à toute sa personne tant elle était avide de tout, de danse, de célébrité, d’argent, d’hommes…

La notoriété et la postérité de son nom doivent également beaucoup au grand peintre et affichiste Henri de Toulouse-Lautrec, artiste considéré comme « l’âme de Montmartre ».

La chute

Riche et célèbre, probablement trop sûre d’elle, elle quitte le Moulin-Rouge en 1895 pour lancer sa propre affaire. Très mauvaise idée.

Echec, déclin, alcool.

A la fin de sa vie, La goulue n’était plus connue que dans les cafés de Montmartre qu’elle fréquentait trop assidûment.

Mais dans le coeur des amoureux de Paris elle demeure la Reine du Cancan pour toujours.

La très charmante petite statue de la belle qui se repose

Ce petit bronze n’était pas présent il y a quelques années. Je ne sais pas qui l’y a mis ni de qui il est.

Musée de Montmartre (voir article).

On peut y voir notamment :

  • des photos de La Goulue (et de bien d’autres danseuses) ;
  • la célèbre affiche que Toulouse-Lautrec a réalisée pour le bal du Moulin-Rouge où il la représente avec, en premier plan, la silhouette gris-bleu avec chapeau haut de forme de Valentin le Désossé son partenaire de danse.

Un voisin de cimetière

A noter que le dessinateur Siné (voir article que je lui ai consacré) n’était pas mécontent de savoir que sa tombe ne serait pas trop loin de celle de La Goulue…

 

 

Le musée de Montmartre et Jardins Renoir

Où ? 12, rue Cortot – 18ème arrondissement.

Enseigne du musée avec la silhouette d’Aristide Bruant de dos extraite d’une affiche dessinée par Toulouse-Lautrec pour la promotion du cabaret Mirliton

Inauguré en 1960, le musée de Montmartre a été créé dans l’ancien Hôtel Demarne et la Maison Bel-air grâce à l’engagement de la Société d’Histoire et d’Archéologie « Le Vieux Montmartre » fondée en 1886.

A deux pas du Bateau-Lavoir (rue Goudeau), de la place du Tertre et du Sacré-Coeur, ce joli musée nous replonge dans l’histoire de Montmartre grâce à des documents exceptionnels (photos, lithographies, dessins, objets…).

Entrée du musée 12, rue Cortot

Pourquoi le visiter ?

Pour y découvrir l’évolution et le changement de visage de la Butte au fil des époques : disparition des moulins et des vignes due à l’industrialisation, disparition du Maquis de Montmartre grignoté par Paris en pleine expansion et percé par l’avenue Junot en 1910…

Pour y retrouver l’esprit montmartrois associant liberté de pensée (Commune de Paris, Louise Michel, République de Montmartre etc.), élan de création (Bohème artistique, Renoir, Lautrec, Gill et bien d’autres) et vie festive (évocation des cabarets comme Le Chat noir, le Moulin-Rouge ou Au Lapin agile, des chansonniers tels que Aristide Bruant, des danseuses comme La Goulue, Yvette Guilbert, Jane Avril, Grille d’égoût).

Pour se promener dans les Jardins Renoir. Ils ont été reconstitués grâce aux toiles du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir. C’est d’ailleurs dans ces jardins qu’il composa en 1876 son tableau La balançoire (actuellement au Musée d’Orsay).

Liste des illustres artistes qui ont vécu et travaillé dans ce lieu.

Curiosités à découvrir (parmi plein d’autres)  :

Une exposition de dessins d’enfants de Montmartre réalisés pendant la 1ère guerre mondiale.

Un « thermomètre du pochard » (ancêtre humoristique des campagnes anti-alcool).

Au centre de l’affiche, les silhouettes de 6 verres empilés à la verticale ;

Sur chaque verre dans le style de la caricature, le visage d’un homme, chaque verre correspondant à un degré d’alcoolisation ;

Et, tout autour des dessins, plein d’expressions françaises amusantes liées à la consommation d’alcool (être ému, être casquette, avoir son compte…).

En haut sur le premier verre, l’homme a une coiffure tout en volume genre Louis-Philippe avec la raie sur le côté et les favoris en côtelettes bien soignés.

Six verres (d’absinthe ?) plus tard, on est en bas de l’affiche : la tête de l’homme est écroulée sur le côté, sa bouche est à l’envers et sa mèche poisseuse et aplatie retombe sur ses yeux clos.

Malheureusement à l’époque, alcool-info-service.fr n’existait pas !

Expo temporaire « Van Dongen » jusqu’au 26 août 2018 : Expo consacrée à l’artiste hollandais naturalisé français qui résida au Bateau-Lavoir en 1905.

Anecdote :

Le jour de notre visite au musée de Montmartre, dimanche 20 mai, on a croisé l’ancien James Bond (ou Remington Steele) Pierce Brosnan et sa femme, la journaliste américaine Keely Shaye Smith.

La fontaine de « L’Observatoire », une des plus belles de Paris

Où ? Avenue de l’Observatoire (dans le jardin des grands explorateurs) – 6ème arrondissement

LE JARDIN DES GRANDS EXPLORATEURS

Ce jardin, ouvert en 1867, rend hommage à 2 explorateurs :

  • Marco Polo (1254-1324) qui est probablement le premier explorateur occidental (il est vénitien) de l’Orient (Chine, Moyen-Orient).
  • Robert Cavelier-de-la-Salle (1643-1687) qui, sous le règne de Louis XIV, explora l’Occident (Amérique du Nord et notamment les Grands Lacs, le Mississipi. Il meurt assassiné aux environs de la Louisiane).

DESCRIPTIF DE LA FONTAINE DE L’OBSERVATOIRE

Le jardin « Marco-Polo » s’ouvre sur cette grande fontaine.

Commencée en 1864 sous le Second Empire, elle fut terminée en 1875 pendant la IIIème République.

Sa création a été chapeautée par Gabriel Davioud qui fut notamment « inspecteur général des travaux d’architecture de la ville de Paris » et collaborateur du baron Georges Eugène Haussmann sous Napoléon III.

Plusieurs artistes ont collaboré à cette fontaine.

La fontaine et au loin le Palais du Luxembourg (flèche jaune)

La fontaine et au loin l’Observatoire de Paris (flèche mauve)

LES QUATRE PARTIES DU MONDE DE CARPEAUX

La fontaine représente les 4 parties du monde qui sont symbolisées par 4 statues féminines.

Elles sont toutes du sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875).

  • Ce sont des allégories des continents.
  • Cette ronde de bronze symbolise l’inexorable rotation de la terre.

L’Afrique :

Elle est symbolisée par une Femme africaine.

  • Elle se reconnaît à son visage, à ses cheveux et à la créole qu’elle porte à l’oreille.
  • Le continent est aussi évoqué par la peau de lion qu’elle porte sur l’épaule et dont une des pattes lui cache le sexe.

  • A ses pieds, la chaîne des esclaves : une extrémité est reliée à une entrave qui enserre encore sa cheville droite tandis que l’autre extrémité est ouverte laissant son pied gauche libre.
  • Allusion à l’abolition très récente de l’esclavage (1848) et peut-être aussi un message signifiant que l’Afrique n’est pas encore, dans les années 1875, tout à fait libérée du joug de l’esclavage.

A noter, qu’avant de réaliser ce personnage Carpeaux avait fait une série de bustes préparatoires intitulée « Pourquoi naître esclave ? ». Deux de ces bustes sont en plâtre et l’un des deux est au Petit Palais à Paris. Les autres bustes sont dans différents musées dont un à New York.

L’Amérique : 

Symbolisée par une Femme amérindienne.

  • On la reconnaît à sa coiffe qui évoque la couronne de plumes de certains peuples autochtones.

L’Asie :

Symbolisée par une Femme asiatique.

  • Elle se reconnaît à sa longue natte tressée qui passe sur son épaule et dont les yeux sont bridés.
  • Le tissu qui cache son intimité pourrait évoquer la soie de Chine.

L’Europe :

Symbolisée par une Femme européenne dont je n’ai pas décelé de marques distinctives.

Et l’Océanie alors ?

Peu de chance que ce soit un oubli. Elle a probablement été volontairement zappée d’une part parce que, même si l’Océanie passe pour un continent, elle ne l’est pas vraiment et d’autre part parce que, pour une question purement artistique d’équilibre de l’ensemble, ça arrangeait peut-être bien l’artiste de ne pas mettre une cinquième statue.

On peut penser que cette 5ème partie du monde est quand même évoquée par la présence des tortues marines du bassin (voir ci-dessous) ; en effet, certaines espèces de tortues marines (Tortue verte) se rencontrent dans l’Océan indien, en Polynésie par exemple.

GLOBE TERRESTRE, VOÛTE CELESTE & SIGNES DU ZODIAQUE DE LEGRAIN

On les doit au sculpteur Eugène Legrain (1837-1915), élève de Carpeaux.

Les 4 statues décrites ci-dessus portent à bout de bras une sorte de cage sphérique représentant probablement l’univers et contenant le globe terrestre comme suspendu à l’intérieur.

Remarquez aussi que la frise qui fait le tour de la cage est décorée de très beaux signes du zodiaques :

  • Ils évoquent les étoiles, les saisons.

  • Le Verseau (ici on voit le bras d’un homme ou d’un dieu posé sur une jarre qui coule et « verse [son] eau » sur le monde).
  • Le Capricorne (ressemble à un cheval marin avec une queue, cornes bien visibles).
  • Bélier (avec ses attributs).
  • Poisson (allure un peu fantastique)

 

  • Sagittaire (représenté par un centaure faisant le geste d’armer un arc ; mais pas d’arc, pas de flèche… ont-ils disparu ?)
  • Scorpion (on voit bien le dard)
  • Balance (bébé portant un bâton relié à chaque bout à un plateau).
  • Vierge (mauvaise photo)

 

  • Lion (crinière)
  • Cancer (représenté sous la forme d’un homard)
  • Gémeaux (deux bébés)
  • Taureau (musclé et en train de charger)

ANIMAUX DE LA MER DE FREMIET

Ils ont été réalisés par le sculpteur Emmanuel Fremiet (1824-1910).

Chevaux et dauphins au pied du groupe principal de statues  :

Ce bestiaire est un grand classique des fontaines. Ces animaux imaginaires évoquent l’océan, l’eau. En effet, dans la mythologie grecque les chevaux tiraient le char de Poséidon le dieu de la mer, les dauphins étaient ses fidèles émissaires et passaient pour protéger les navigateurs.

Les chevaux de la mer avec leurs queues de baleines (photo 1) et leurs nageoires sur les côtés (photo 2) semblent en plein effort. Avec l’eau qui leur arrive dessus, l’effet est superbe.

  • A noter que les chevaux sont par deux et que chaque groupe possède une variante : certains chevaux ont la crinière tressée, d’autres portent un bonnet.

Les dauphins sont visibles entre les chevaux.

  • En sculpture, ces dauphins ressemblent plus à des poissons fantastiques qu’à de vrais dauphins.

Tortues dans le bassin en eau :

Toutes crachent des jets d’eau vers le monument central.

  • Il s’agit de tortues marines (et non terrestres) reconnaissables à leurs longues nageoires antérieures. Elles sont donc également là pour évoquer les mers et océans, les grands voyageurs-explorateurs, thème du jardin.

FRISES ET DECORATIONS SUR LE PIEDESTAL DE VILLEMINOT

Réalisées par le sculpteur Louis Villeminot (1826-1914) sur lequel je ne sais pas grand-chose.

Il a fait des guirlandes de coquillages.

  • Chose amusante que j’ai remarquée en grossissant la photo c’est que les gouttes d’eau dans le soleil font comme des petits drapeaux français bleu blanc rouge… magie de la diffraction !

PETITES BALADES A FAIRE PAR BEAU TEMPS DEPUIS LA FONTAINE…

En entrant par l’entrée principale côté fontaine et en remontant le jardin vous tomberez sur un autre jardin – l’esplanade Gaston-Monnerville – qui vous mènera tout droit jusqu’à une des entrées du Luco (le jardin du Luxembourg) dont on aperçoit la Palais tout au fond de la 1ère photo en haut de l’article au niveau de la ligne de fuite des arbres). Prenez du bon temps, une chaise, un livre, une glace…

En sens inverse vous irez vers l’Observatoire de Paris (construit sous Louis XIV) qui est à l’exact opposé du Luco : en sortant du jardin – toujours par la porte côté fontaine – continuez tout droit en direction du bâtiment que vous voyez au loin avec un dôme blanc sur la 2ème photo en haut de l’article. Ne se visite plus pour le moment.

Petite carte. Merci Google map !

La tombe collective de Siné & Co

Où ? Cimetière Montmartre – 18ème arrondissement

Il y a deux ans pile, le 5 mai 2016, le dessinateur Siné cessait son…

… et poussait son dernier miaulement…

Pas de stèle ni de croix mais un drôle de cactus qui ne manque pas de piquant !

Grâce à ce bronze provocateur dressé vers le Ciel, la petite et modeste tombe se repère de loin.

Et désormais nous sommes fixés : c’est ce type de plantes (très) évocatrices (si si regardez bien) que donnent les graines d’Ananar !

« Mourir ? Plutôt crever ! »

Cette épitaphe, en grosses lettres (reproduisant l’écriture de Siné), est un des traits d’esprit les plus subtils et impertinents rencontrés jusqu’alors dans pareils lieux.

Si la Mort avait de l’humour, elle mourrait sûrement de rire ! Mais il n’en va pas ainsi. Personne ne la trompe, même pas les rigolos.

Communauté d’âmes

A noter qu’il s’agit d’une concession à perpétuité que Siné avait retenue en 2007 avec le réalisateur et comédien Benoît Delépine (longue vie à lui).

Ce caveau pourra donc – sans peine – accueillir les cendres de pas mal d’autres âmes – en peine – de la famille ou du cercle d’amis (une soixantaine d’urnes en tout !).  On ne sait jamais, des fois que l’éternité passe plus vite à plusieurs…

Anik Sinet, sa première femme, repose à ses côtés. Aussi étonnant que cela paraisse, elle est décédée et a été inhumée le même jour que lui.

Depuis 2016, l’ont également suivi : André Clergeat, critique de jazz (une des passions de Siné) ; Christophe Otzenberger, documentariste qui s’est intéressé aux personnes déshéritées.

Quant à Catherine Sinet, la seconde épouse de Siné, elle a déjà fait marquer son nom sur la dalle funéraire…

Et puis, pour Siné qui a tant dessiné de chats, les vrais ne sont jamais bien loin.

En voici deux à la recherche de quelques obliques rayons de soleil du mois de Mai.

Pas mécontents d’être en vie quand même.