Quand Hemingway faisait de Paris une fête

Où ? 5ème et 6ème arrondissements

UN JOUR, UN LIVRE…

Alors que l’Amérique ne faisait plus rêver…

Au début des années 20, Ernest Hemingway (1899-1961) et sa femme Elizabeth Hadley Richardson (1891-1979) décidèrent de s’expatrier. L’Amérique ne les faisait plus rêver.

Hemingway alors en quête d’émotions ressentit probablement le besoin de se confronter à l’inconnu, de découvrir des lieux nouveaux, de rencontrer de nouvelles personnes.

Par bonheur, ils furent attirés par Paris et vinrent s’y installer. Hemingway était alors correspondant étranger pour le quotidien canadien le Toronto Star.

… Paris devenait une fête

C’est donc durant cette période parisienne, plongé dans le chaudron de Paris au contact d’autres artistes comme lui expatriés, qu’Hemingway fourbira son style précis et simple en apparence ; et c’est dans ce Paris de l’entre-deux guerre que se cristallisera sous forme de notes la matière première de son futur livre Paris est une fête.

Hemingway n’entreprendra la rédaction de ce livre qu’à la fin des années 50 à partir des notes qu’il avait oubliées dans une malle au Ritz (1er arrondissement) et qu’il ne retrouvera qu’une trentaine d’années plus tard lors d’un de ses retours dans la capitale. Le livre, quant à lui, ne sera publié que trois ans après sa mort.

Et c’est cela qui, selon moi, donne à ce livre sa tonalité paradoxale et envoûtante, une sorte de jubilation de l’instant extrêmement nostalgique.

Paris comme dans un film 

Un écrit qui s’inscrit dans la littérature « lost generation » (formule de Gertrude Stein qui qualifia ainsi les jeunes écrivains américains parisiens souvent désargentés de cette époque) et dans la veine de la littérature dite behaviouriste où le lecteur est libre d’interpréter la personnalité des personnages à partir de la description de leurs actions.

Y sont évoqués les lieux parisiens qu’Hemingway fréquentait (les 5ème et 6ème arrondissements notamment) ; les rencontres qui l’ont marqué et changé (Francis Scott Fitzgerald, Gertrude Stein, Sylvia Beach, James Joyce, Ezra Pound…) ; son travail quasi quotidien de journaliste d’une part et d’écrivain en quête d’un style d’autre part ; ses passions (les courses de chevaux, la contemplation, la marche, le ski, la boxe, l’alcool, la musique, l’amour) ; ses lectures (Tolstoï, Simenon…) ; quelques-uns des voyages qu’il effectua durant cette période parisienne, voyages en France (l’épopée lyonnaise, folle et cocasse, avec F.S. Fitzgerald) et à l’étranger (dans les montagnes du Voralberg en Autriche)…

4 LIEUX PARISIENS ENTREVUS DANS « PARIS EST UNE FÊTE » (il y en a bien d’autres !)

Le 74, rue Cardinal Lemoine 

Le couple Hemingway vécut à cet endroit un peu plus d’un an et demi de 1922 à 1923.

Gros plan sur la plaque avec cette formidable citation extraite du livre.

La citation complète : « Aujourd’hui, je ne sais pas si c’est vrai, mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux » [Paris est une fête, p. 322]. Le début de la phrase apporte une nuance liée au souvenir et au temps qui passe.

Le jardin du Luxembourg 

Ce jardin, Hemingway le traversa souvent.

La Closerie des Lilas, 171 Boulevard du Montparnasse 

Une des brasseries-restaurants où Hemingway se rendait pour noircir son cahier comme il disait.

Librairie Shakespeare and Company, 37 Rue de la Bûcherie 

Dans les années folles, cette librairie-bibliothèque anglophone fondée par Sylvia Beach se situait 12 rue de l’Odéon. Hemingway y a découvert de nombreux auteurs (Léon Tolstoï, Georges Simenon…).

PAS ENCORE DE PHOTO, MAIS BIENTÔT !

PARIS, À LA MORT, À LA VIE…

« Paris n’a jamais de fin » [Paris est une fête, p. 342]

Si au moment où il rédigea Paris est une fête la plupart des protagonistes n’était plus de ce monde depuis belle lurette, que sa jeunesse et son amour s’étaient bel et bien envolés, si, lorsqu’on ferme le livre, on se sent partagé entre énergie et mélancolie, Hemingway semble, par cette citation, passer le relais, nous laissant, à nous ses lecteurs, l’idée que la vie ne vaut que si on fait des choses et des rencontres et qu’il y a toujours la possibilité de faire de chaque jour une fête. Pas facile, mais possible.

Attentats du 13 novembre 2015

C’est peut-être pour cette raison qu’après les attentats qui ensanglantèrent les rues de Paris le 13 novembre 2015 (Bataclan, terrasses des cafés parisiens) plusieurs exemplaires de ce livre furent déposés par des anonymes parmi les fleurs et les bougies mises sur le trottoir devant le bar Le Carillon et Le petit Cambodge.

La littérature est un refuge, la littérature aide à vivre, elle fait le lien entre passé, présent et avenir. Un grand pouvoir donc, celui de l’art en général d’ailleurs.

Roman de Ernest Hemingway posé a la terrasse du bar Le Carillon après l’attaque de la veille – Paris, 15 novembre 2015 – Voir l’article de Télérama

Si vous avez 30 secondes : réécoutez Danielle Mérian qui était présente lors de l’hommage aux personnes assassinées :

Si vous avez 9 minutes 30 secondes : réécoutez l’interview qu’elle a donnée à La Clique, l’émission du journaliste Mouloud Achour à laquelle participait aussi l’acteur Omar Sy :

 

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L’office de tourisme de Paris – The tourist office of Paris

Où ? 29 rue de Rivoli (4ème arrondissement).

Pour information, depuis le 18 juin 2018 le point d’information Pyramides a été transféré à l’Hôtel de Ville. For information, since June 18th, 2018 the point of information Pyramids was transferred to the City hall.

Comment s’y rendre ? How go to it ? 

RER : Châtelet Les Halles (ligne A et B)

Métro : Hôtel de Ville (ligne 1) ou Châtelet (ligne 4).

Horaires. Shedudle :

cliquez ce lien / click this link

Voir le site :

Des poteaux-cyclopes : bien vu !

Où ? Rue des Canettes (me semble-t-il ; à vérifier ; une des rues donnant sur Saint-Sulpice en tout cas.) – 6ème arrondissement

Fantaisiste et coloré : le Paris qu’on aime !

Les poteaux marrons anti-stationnement qui ressemblent à des quilles sont communs sur tous les trottoirs.

L’artiste de rue, le bien nommé CyKlop (=Olivier d’Hondt), a eu l’excellente idée de se saisir de ce support et de donner à chaque poteau le regard d’un cyclope.

Bien vu !

Les cyclopes au garde-à-vous

Cet article aura une suite car il semble que CyKlop ait oeuvré dans bien d’autres rues.

Pour mémoire on se rappelle aussi de ce jeu de mots réalisé à partir d’un poteau de la rue Séguier : « le pot aux roses ». Cliquez ici pour relire l’article.

 

 

La vision de Saint Eustache

Où ? Rue Rambuteau – 1er arrondissement

HISTOIRE DU SAINT

Au cour d’une partie de chasse au cerf, le païen Placidas voit apparaître devant lui un grand cerf crucifère, c’est-à-dire un cerf possédant une croix chrétienne entre ses bois.

Immédiatement il se convertit avec sa famille au christianisme.

Il prend alors le nom d’Eustache.

Et cette anecdote est bel et bien rappelée sur l’église !

Levons la tête et braquons les jumelles au niveau de la flèche verte

Et voici ce que l’on voit…. le fameux cerf crucifère !

HISTOIRE DE L’EGLISE EN BREF

XIIIème siècle : Chapelle dédiée à Sainte Agnès. (Cliquez ici pour voir le bas-relief « poisson » de la crypte)

XVIème siècle : Construction de l’église rebaptisée Saint Eustache.

XVIIème siècle : Sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert, Louis Le Vau, architecte de Louis XIV, dessine un nouveau projet pour agrandir l’église. Le projet est en partie gelé faute de financements.

XVIIIème siècle : Jean Hardouin-Mansart reprend le projet et devient l’architecte.

XIXème siècle : Inscription de l’église aux monuments historiques. Restauration de certaines parties.

Façade avec sa deuxième tour non construite (flèche violette)

L’entrée de l’église (flèche jaune)

Une église très intéressante à visiter notamment pour :

Le mausolée de Colbert de Antoine Coysevox ;

La peinture « Disciples d’Emmaüs » par Rubens ou son école ;

Le magnifique et inattendu triptyque de Keith Haring « La vie du Christ ».

A noter que cette église a été aussi le lieu d’importants événements concernant des personnages célèbres :

Le baptême de Molière mais pas son inhumation, l’église n’ayant pas digéré ses comédies qui tournaient en dérision les faux dévots (relire « Le Tartuffe ») ;

La première communion de Louis XIV ;

Les mariages de Sully et de Lully etc.

 

« Il faut se méfier des mots » dixit Ben

Où ? Rue de Belleville – 20ème arrondissement

Décidément, le hasard des balades fait bien les choses… Quel étonnement de voir deux personnes en train d’installer un tableau géant sur le pignon d’un immeuble en plein Paris !

Au bout de quelques secondes, on comprend que la scène est en quelque sorte en arrêt sur image, en équilibre pour toujours… et ce depuis 1993 ! On voit à la signature que cette installation a été créée par l’artiste BEN.

Ca me fait penser aux sentences et maximes morales qu’on écrivait à la craie sur les tableaux et que l’instituteur faisait lire aux élèves autrefois. Mais le message est ici plus subversif…

Et la différence de taille entre le tableau et les ouvriers peut donner l’impression que les mots prennent immanquablement le dessus sur les hommes, sur la réalité.

Les mots mentiraient-ils ? On pense aux fake news…

Quand l’impression du mouvement est rendu par une scène figée

Citation de Ben : « Si l’art n’est qu’une question de signature, alors pourquoi ne pas faire un tableau avec juste sa propre signature ? »

Né le 18 juillet 1935, Ben a aujourd’hui-même 83 ans… Bon anniversaire donc ! et merci à lui d’avoir posé ses bons mots sur les murs de Paris.

Le marchand de masques du Luco [Partie 2]

Où ? Jardin du Luxembourg – 6ème arrondissement

En bref

Cliquez ce lien pour voir la partie 1 présentant les masques de la statue.

Zoom sur le marchand 

Les vêtements du marchand font aussi écho à l’antiquité grecque (ou romaine) et à la mythologie :

Ses chaussures 

Les sandales du « Marchand de masques » semblent être des crépides décorées par une feuille d’acanthe :

  • La feuille d’acanthe est un motif architectural qui était utilisé dans l’architecture grecque classique puis dans l’architecture romaine.

Son caleçon (qui mériterait une petite réfection car les motifs sont vraiment peu lisibles)

Derrière :

On voit sur chaque fesse, un personnage avec un cerceau. Celui de gauche a, en plus, un coq dans une main :

  • Le jeu (antique) du cerceau montre que les garçons sont jeunes ou ados.
  • Dans l’antiquité grecque, le coq était un présent habituellement offert par les hommes qui voulaient séduire un garçon.
  • Le premier veut-il séduire le second ?
  • A noter que dans la Grèce antique, la pédérastie était une institution liée à l’éducation.

Une représentation sur un cratère (vase antique à deux oreillettes) grec du siècle de Périclès (Vème av. JC) conservé au Louvre nous permet d’expliquer cette représentation :

  • Sur une face du cratère on voit la même scène que sur la statue : jeune homme, cerceau, coq.
  • Sur l’autre face du vase, une sorte de guerrier est représenté avec un très long sceptre qu’il tient suggestivement tendu en direction de l’adolescent : c’est Zeus qui va séduire et enlever Ganymède, un jeune troyen considéré comme « le plus beau des mortels », pour en faire son échanson.

Z. Astruc s’est donc inspiré de cette scène ou tout du moins de ce mythe :

  • Cependant, à l’arrière de la culotte du marchand, Zeus n’a pas d’attributs qui permettent de l’identifier. Ce doit donc être lui qui tient le coq.

Devant :

Au milieu on voit un personnage féminin à long cheveux caressant un cheval et de part et d’autre des soldats avec des lances.

 

  • Lors de l’enlèvement de Ganymède et pour compenser la perte du fils, Zeus offrit au père et probablement à la mère de l’adolescent des juments immortelles.
  • Il s’agit donc d’un des chevaux divins et de la mère de Ganymède.
  • A travers ce personnage qui était le serviteur de Zeus, le dieu des dieux de l’Olympe,  Zacharie Astruc rend hommage aux artistes représentés sur ses masques : il en fait en quelque sorte les intermédiaires entre le divin et les hommes.